Spirou se cherche et vient de se retrouver en Atlantique

Tout a commencé en 1998 avec ce fameux album n°46 : Machine qui rêve. Après avoir repris avec succès les Aventures de Spirou et Fantasio pendant quatorze ans et quinze albums souvent formidables, Tome et Janry tentent le tout pour le tout : un dessin plus réaliste, une histoire sombre évoquant le futur Jason Bourne. Le changement est trop radical  : le tandem d’auteur-scénariste quitte la série.

Depuis, Spirou se cherche. En 2004, Morvan et Munuera prennent la relève et proposent une série d’albums au trait plus moderne avec des histoires basées sur l’action et saupoudrées de technologie. Mais les contraintes du format semblent peser sur eux. Le tome 49 donne lieu à un supplément où la jeunesse de Spirou est évoquée en manga. Et le numéro 50, Aux sources du Z, sorte d’album hommage co-signé avec Yann, revisite avec malice quelques grandes aventures des héros mais propose un final qui aurait pu signer l’arrêt définitif de la série. Finalement, Morvan et Munuera ne seront pas les auteurs de la renaissance de Spirou : le n°51 est prévu pour septembre prochain avec Yoann et Velhmann à la barre.

Mais depuis 2006, Morvan et Munuera ne sont pas les seuls à publier des Spirou. L’éditeur Dupuis a eu cette idée étonnante mais finalement passionnante de commencer une série parallèle d’inédits (de « one shot ») publiés en grand format où différents auteurs donnent leur version du mythe à travers « Une aventure de Spirou et Fantasio ». Yoann et Velhmann, justement, ont inauguré la série avec Les géants pétrifiés, sympathique histoire d’archéologie mythique, au dessin notamment influencé par l’animation japonaise. Le tome 2, Les marais du temps, par Frank Le Gall, propulse les héros dans un Paris du XIXème siècle dont l’ambiance colle bien au dessin de l’auteur. Le tome 3, Le tombeau des Champignac est signé Tarrin et Yann : si le dessin évoque immédiatement celui de Janry, tout le reste nous replonge dans l’univers de Franquin. Mais l’histoire ne tient pas toutes ses promesses.

C’est depuis le tome 4 que les versions les plus intéressantes nous sont proposées. Le journal d’un ingénu par Emile Bravo met en scène un tout jeune Spirou, groom au Moustic Hôtel de Bruxelles pendant l’occupation allemande en 1939. Son histoire personnelle rencontre la Grande Histoire : un récit initiatique où Spirou rencontre Spip, Fantasio et … l’amour. Dans Le groom vert-de-gris, Schwartz et Yann en livrent une suite très rythmée où le dessin reprend l’allure des Spirou et Fantasio de l’époque (dessinés par Jijé) et fait quelques clins d’œil au maître bruxellois Hergé.

Le tome 6 vient de paraître. Comme une progression logique des deux précédents, il nous plonge dans les années 50. « Le Spirou de Fabrice Parme et Lewis Trondheim », Panique en Atlantique, est un pur bonheur. Le dessin de Parme reprend toutes les caractéristiques des dessins animés américains des années 50 : j’adore. L’histoire de Trondheim réussit à mêler aventure et humour. Le trio Spirou-Fantasio-Champignac est très bien exploité et entouré de personnages secondaires particulièrement savoureux. Les dialogues sont très spirituels et les situations souvent très drôles. Pour tout dire, l’ensemble m’a fait penser à la grande période de Franquin, c’est dire si j’ai aimé! Dans un pur style de divertissement, c’est le meilleur Spirou depuis longtemps!

Liens
Spirou et Fantasio sur Wikipédia
Petit historique personnel de Spirou de 1938 à 2004
Spirou et Fantasio n°47, n°48 et n°49 : mes chroniques
Blog Lectures sur mon ancien blog

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