Interview
autour de "Te
tenir la main"
par Corriya
sur Musiciens.biz
(décembre 2004)
"Te tenir la main parle de cette
autocensure des couples gays qui s'interdisent les gestes
de tendresse en public. Moi-même, je suis comme
ça ..."
Extraits :
Bonjour Eric, Une chanson courageuse, à quel moment
et dans quelles circonstances l'as-tu écrite
?
Bonjour
Corriya. J'ai écrit cette chanson cet été.
Je cherchais à renouveler mon répertoire (
) Certaines de mes chansons parlaient déjà d'amour
ou de désir pour les hommes ("Ma vertu, "Le
vent du désert") mais (
) cette fois, j'ai eu envie d'être clair.
Cela a-t-il été difficile pour toi la décision
de l'enregistrer ?
La difficulté n'était pas la décision
de l'enregistrer puisque j'ai tout fait entièrement
à la maison. J'ai commencé par la chanter
à mes proches avant de la créer sur scène
en octobre mais ce qui m'a fait le plus réfléchir,
c'est le fait de la mettre sur mon site. Je l'ai fait parce
que j'avais besoin de retour : les autres chansons que j'ai
écrites depuis cet été sont dans la
lignée de celle-ci, plus directes et assez différentes
des précédentes. J'avais envie de les montrer
sans attendre les prochaines scènes.
Que représentent tes difficultés à
gérer cette homosexualité au quotidien ?
Premièrement, "Te tenir la main" parle
de cette autocensure des couples gays qui s'interdisent
les gestes de tendresse en public. Moi-même, je suis
comme ça, (
) je mesure
mes actes en public et (
) je
ne parle pas de ma vie privée. (
) Cette discrétion se transforme de fait en non-dit.
M'affirmer, ne serait-ce qu'avec cette chanson, c'est donc
une libération.
Que penses-tu de la loi contre les propos homophobes
qui vient d'être votée à l'Assemblée
?
Je pense que c'était un texte nécessaire puisqu'il
visait à mettre sur le même plan le racisme
anti-homo et les racismes ethniques ou religieux. Malheureusement,
ce projet de loi (
) a été
adopté après des péripéties
incroyables qui prouvent la présence résiduelle
de l'homophobie chez les politiques. Mais pas seulement.
Ce qui m'a le plus choqué, c'est l'attitude des médias.
Rarement, l'ensemble des médias aura fait preuve
d'une telle mauvaise foi : parler de "menaces sur la
liberté de la presse" à propos de la
répression des "provocations à la discrimination,
à la haine ou à la violence" envers les
homos, c'est honteux. Même les humoristes, s'y sont
mis, craignant pour leurs blagues sur les pédés.
Mais la loi ne condamne pas le mauvais goût, elle
est là pour punir les insultes. La Commission Nationale
Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) qui était
favorable aux dispositions réprimant les propos racistes
a, elle aussi, émis un avis contre cette loi : alors
quoi, c'est moins grave de traiter quelqu'un de "sale
pédé" que de "sale arabe" ou
de "sale juif" ? (
) La semaine dernière, Christian Vanneste affirmait
que l'homosexualité était un "comportement
choisi" et que le soutenir c'était vouloir l'étendre
à tous donc souhaiter la disparition de l'humanité.
On rirait si ce n'était pas aussi pathétique.
Monsieur le député, je n'ai pas choisi d'être
homo, je ne suis pas masochiste. Dans une société
faite pour les hétéros, j'aurais choisi d'être
hétéro si on m'avait donné le choix.
Mais ce choix, je ne l'ai jamais eu.
Quelle serait la solution pour que l'état d'esprit
de la société change par rapport à ces questions ?
Une des réponses passe par la loi. La loi qui vient
d'être votée ne peut régler qu'un aspect
des choses. Il faut l'égalité des droits.
Le mariage par exemple. (
) Une
autre réponse passe par la visibilité médiatique
des homos. Dans mon adolescence, je n'avais aucun modèle
gay à qui m'identifier. Par exemple, mes chanteurs
préférés étaient hétéros
ou feignaient de l'être. Quant aux autres, on n'en
parlait pas. J'ai donc mis longtemps pour mettre un mot
comme "homosexuel" sur ce que j'étais. (
) Parmi la jeune génération,
aucun chanteur ne brigue pourtant la place de "chanteur
gay". Ce n'est pas mon but non plus mais si je peux,
par mes chansons, aider quelques jeunes à mieux se
comprendre et à mieux s'accepter eux-mêmes,
j'aurais l'impression d'avoir apporté ma pierre à
l'édifice.
Merci Eric, Corriya
lire
l'interview en entier